Publié par: Bruno Salou le 19/09/2015 20:30:00 705 lectures

Réflexions L'art de la Paix 1

L'art de la Paix 1

Les conséquences de certains événements poussent au besoin de chercher sinon une réponse, tout au moins à examiner le sens de ce qui arrive.



Les conséquences de certains événements poussent au besoin de chercher sinon une réponse, tout au moins à examiner le sens de ce qui arrive.

Et c’est ainsi qu’à la suite d’une technique mal réalisée lors d’un entraînement d’Aïkido, je me suis retrouvé avec le coude immobilisé pour quelques semaines.

Cette pause contrainte m’a incité à regarder avec un peu de distance ma pratique et l’enseignement que je dispense depuis quelques années maintenant. Trois articles germeront de cette réflexion sur ce que représente, pour moi, l’Aïkido, sa réalité martiale et sur la finalité de cette discipline.

 

Et puisque cet article s’adresse aussi bien à des pratiquants qu’à des néophytes, je ne voudrais pas laisser croire à la dangerosité excessive de l’Aïkido, même si l’on ne peut en écarter l’efficacité. Ce serait également une très mauvaise publicité à faire pour une discipline que je chéris depuis 23 ans, de laisser croire qu’il existe un combat entre deux adversaires dont l’objectif est de gagner par KO ou par une comptabilisation des coups donnés. Durant toutes ces années écoulées, je n’ai vu que très peu d’accidents, et celui qui m’est arrivé me semble, sans gloire aucune, le plus sérieux. Le lecteur avisé aura donc déduit que cela ne m’empêche ni d’écrire, ni de réfléchir, puisque qu’avec un coude immobilisé pour quelques semaines, on ne s’en trouve pas pour autant sans ressources.

 

Rappelons le caractère éminemment martial de l’Aïkido fruit d’un long processus de maturation de son fondateur, O Sensei Ueshiba, confronté dès le début de sa vie à la réalité des combats pour sa survie. L’Aïkido est né dans les années 1920. Son développement coïncide avec la fin de la 2e guerre mondiale et ce contexte a très certainement pesé dans la construction de cet art martial et sa finalité pacifiste.

 

L’Aïkido trouve une définition à partir de 3 kanjis Japonais :kanjiaikido

Aï d'équilibre, harmonie, coordination, d’union, nouer, joindre,

Ki d'énergie, la force de vie, d’esprit, de souffle, de fluide vital, de puissance intrinsèque,

Do d'étude, la recherche, chemin, voie, la route.

 

Ainsi, l’on pourrait retenir comme traduction d'Aïkido : « la voie de l’union des énergies » ou  « la recherche de la coordination mentale et physique de l’énergie », ou bien encore « la voie pour unir l’énergie vitale ».

 

Les synonymes sont donc nombreux pour définir ces trois « mots » Aï, Ki, Do. Il n’y a qu’un pas pour, in fine, considérer que chacun retiendra sa propre définition selon ce qu’il éprouve et ce qu’il en connaît. Il est assez amusant, d’ailleurs, d’entendre les professeurs énumérer tous ces mots pour répondre à leurs élèves que l’Aïkido, c’est tout cela à la fois.

 

L’Aïkido se suffit à lui-même. Chacun vient recevoir ce qu’il cherche et selon l’engagement et la régularité de sa pratique, l’apprentissage se fera au fur et à mesure de l’expérience des entraînements et des années. En demandant aux nouveaux pratiquants ce qu’ils viennent chercher, j’ai vu à quel point les motivations étaient diverses et souvent même très éloignées de ce que propose l’Aïkido. Certains imaginent une self-défense, utile au cas où, d’autres souhaitent trouver la dimension spirituelle de l’Aïkido, son «  esprit Zen »,  et la transposer dans les épreuves psychologiques de la vie quotidienne. La pratique d’une gym douce semble également attirer des personnes plus âgées à l'orée de leur vieillesse. D’aucuns apprécient la pratique des armes, le sabre en bois, le Jo (substitut d’une lance courte) rappelant les souvenirs des films de Kurosawa les 7 Samourais, Ran ...

 

On peut également relever qu’il n’y a pas de compétition dans notre discipline ; ce qui la distingue nettement des autres arts martiaux. Il n’existe pas non plus de catégorie d’âge, de sexe, de poids, de taille. En revanche, on sépare les adultes des enfants. Les entraînements permettent à tous les pratiquants de travailler ensemble. Cette dimension est d’ailleurs particulièrement intéressante pour la mise en application des techniques ; les plus anciens devant adapter leur technicité aux nouveaux qui s’évertuent à apprendre.

 

Pour finir cette première partie, on peut relever que pour l’Akïkai, c'est-à-dire « la maison mère » de l’Aïkido qui se trouve à Tokyo, l’objectif de l’Aïkido est de : « contribuer à la réalisation d’une société meilleure par l’exercice du corps et de l’esprit ».

 

On est donc loin du combat qui blesse, de la lutte qui terrasse l’adversaire pour triompher, ou bien faut-il se demander si l’ennemi à combattre, en définitive, n’est pas en chacun de nous.

 

L’adversaire n’existe pas. Un Aïkidoka aura en face de lui un partenaire qui l’aidera à progresser. Personne ne gagne, personne ne perd, ou plus précisément les deux gagnent dans une progression mutuelle qui permet à chacun d’évoluer sans se blesser. Vouloir ou prétendre anéantir l’autre par le combat est un non-sens en Aïkido. Le fondateur donnait la direction du travail à accomplir lorsqu’il écrivait que :

 

« blesser un adversaire, c’est se blesser soi-même.

Contrôler une agression sans infliger de blessure, c’est l’Art de la Paix » [1]

 

 

Bruno SALOU

 



[1] in Morihei UESHIBA, Aïkido enseignements du fondateur, Guy Trédaniel Editeur